Cheveux blancs

Vivre avec le regard des autres

 

 

Avoir les cheveux blancs n’est actuellement, si socialement acceptable que cela. Les cheveux blancs donnent à un homme du caractère et du charme alors que pour une femme, c’est perçus comme un signe de négligence.

 

 

 

Il était une fois…

J’ai eu mes premiers cheveux blancs à l’âge de seize ans. Un, deux et très vite la première mèche de cheveux blancs était là, devant, au niveau front, bien visible. Je n’en avais pas vraiment cure, mais en tant que coiffeuse, on m’a fait entendre que je devais la masquer. Qui aurait confiance en une coiffeuse si elle apparaît négligée ? Comment pourrait-on me croire vanter les produits avec cette mèche de cheveux blancs ? J’étais apprentie, jeune, sensible aux regards des autres…

Au CFA, j’avais le droit à quelques moqueries, à l’internat également. De fait, je faisais très régulièrement mes couleurs, pour cacher mes cheveux blancs. Genre toutes les deux à trois semaines, car j’ai une bonne vitesse de pousse et les racines blanche / poivre et sel sont vite visible…

Les remarques ne volaient pas plus hauts que celles que subissaient les roux. On me demandait où j’avais garé mon déambulateur. Que je sentais le sapin ou la mort. Avais-je réservé ma place au cimetière. Que je devrais me faire dispenser de sport, car je risquais l’infarctus ou me casser le col du fémur. On m’appelait Morticia ou Cruella. On me mettait à l’écart systématiquement. Ha ha ha, que c’était drôle et hilarant ou pas. Quel courage d’être à vingt contre une. Rabaisser quelqu’un pour se sentir meilleur. Parfois borderline, parfois en plein dans le harcèlement. Discrimination et Harcèlement, uniquement parce que j’avais les cheveux blancs.

 

Avec le temps

Avec le temps, je me suis fermée aux autres et j’ai érigé, tel un château-fort, de solide rempare. Je n’avais pas vraiment d’amis et je ne laissais personne m’approcher de trop prêt, pour ne pas être blessée. Après tout qui aurait eu envie d’être amie avec une fille qui à vingt ans était poivre et sel ?

En vieillissant, le regard des gens n’ont pas réellement changé. J’ai à plusieurs reprises tenté d’arrêter les couleurs, opter pour la solution des mèches, mais rien n’y a fait. Pour les autres, j’étais toujours négligée. Égoïste d’imposer cette vue aux autres. De n’avoir aucun respect pour moi-même. Que je devrais avoir honte ou aller me pendre. Cruella et Morticia me poursuivaient de prêt. Avec la sortie de X-men, Tornade est vite arrivée en haut du classement.

 

En conclusion

Actuellement, la mode est à la couleur blanche, pastel, grise, vive… Cette mode m’offre un répit. Les gens pensent que j’ai une couleur. À ce moment-là, j’ai même le droit à quelques compliments… « Les cheveux blancs s’est sexy », « Vous êtes intemporelle », « C’est magnifique ».

J’ai un peu plus de quarante ans, la vie pas toujours facile, m’a armée face aux autres. Même, si maintenant, j’assume pleinement mes cheveux blancs que je revendique comme mon héritage familial. Même si je réponds plus facilement à la critique. Les remarques désobligeantes restent désobligeantes, blessantes, grossières et dénotent un manque réel d’éducation et de politesse.

Certes, les gens ont le droit de ne pas aimer les cheveux blancs. Je le conçois parfaitement. Perso, je n’aime pas le blond vénitien. Ce n’est pas pour autant que je me moque, descend en flammes la personne qui porte cette couleur, quelle soit naturel ou non. Alors pourquoi les cheveux blancs font rejaillir le pire des gens ?

Est-ce que j’en souffre encore ? Clairement oui, j’ai toujours beaucoup de mal à aller vers les autres, à m’ouvrir aux autres, à faire confiance. Je suis devenue quasi asociale. Sortir de chez moi et être en publique m’est toujours difficile. Les cicatrices sont toujours présente et les séquelles aussi. Mon crime ? Avoir les cheveux blancs.

 

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